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C’est ainsi

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  • Le résumé de Daniel Telliez : Mécanicien de son état, Patrick Oxtoby, jeune homme taciturne et solitaire, profite d’une douloureuse rupture amoureuse pour fuir enfin un étouffant environnement familial, sa précieuse boîte à outils sous le bras. Invité par un lointain cousin garagiste à venir le seconder dans une petite ville côtière d’Irlande, il a pris une chambre avec vue sur la mer dans une pension tenue par Bridget, une jeune veuve qui entretient, avec les deux autres hommes qu’elle loge, des relations placées sous le signe d’une bonne humeur et d’un marivaudage gentiment frivoles qui suscitent chez le nouveau pensionnaire autant de jalousie que de silencieux mépris. Au garage, Patrick se montre sérieux et appliqué, donnant toute satisfaction à son cousin, un homme bienveillant quoique prompt à le mettre souvent au “chômage technique”, sans plus d’explications. Dès lors, perplexe et frustré, le jeune homme se retrouve à errer, solitaire dans un trou perdu et sinistre totalement dépourvu de distractions, à l’exception du café minable où il noue peu à peu une vague relation d’amitié avec Georgia, la jeune serveuse. C’est ce moment (de doute, d’inquiétude et, bientôt, de silencieuse déréliction) que choisit sa mère pour venir lui rendre, impromptue, une “petite visite”. Tétanisé par l’irruption dans sa nouvelle existence, tout décevante soit-elle, d’une figure maternelle dont il a honte, mais incapable d’exprimer les sentiments qui l’agitent, Oxtoby s’efforce de supporter cette intrusion du mieux qu’il peut cependant que la mère, indiscrète, encombrante, caquète et monologue, retraçant les grandes lignes d’un roman familial sur lequel on comprend aisément que le jeune homme ait désiré tirer un trait aussi définitif que possible. Sa mère enfin partie, Patrick espère retrouver ses marques mais une petite soirée festive organisée un soir par Bridget à la pension sous la pression des deux autres locataires déclenche la catastrophe : heurté dans ses sentiments inconscients pour la jeune femme, écœuré par l’horreur de la vulgarité masculine et l’accablante veulerie féminine dont il croit découvrir un édifiant aperçu ce soir-là, le mutique exilé opère un tragique passage à l’acte. Dans la cellule où il attend son procès, il a pour compagnon un certain Gardam, criminel endurci qui, se sachant “condamné à tuer”, se laisse obséder par l’idée du suicide. Gardam, le dur, considère “Ox” comme un assassin-amateur et se moque des craintes que celui-ci exprime quant au verdict qui va être prononcé à son encontre, incitant le jeune homme à mettre sa foi dans une relative et probable clémence des jurés. Mais, au moment du procès, le jeune homme se voit lâché par ses parents (notamment par son père) qui portent contre lui le plus accablant des témoignages et l’abandonnent à sa descente aux enfers dans l’univers carcéral. Récit bouleversant de l’échec infligé à un individu dans sa tentative désespérée pour changer de vie, C’est ainsi est un roman aussi puissant que perturbant où M. J. Hyland, dans le style épuré et percutant qui caractérise son écriture, met brillamment à contribution l’expérience de juriste et d’avocate qui a été la sienne. Fidèle à l’exploration des territoires de la solitude et de l’inadaptation déjà à l’œuvre dans ses deux premiers romans (Le Voyage de Lou et Dans tes yeux, finaliste du Man Booker Prize 2006) également publiés chez Actes Sud, M.J. Hyland brosse, à travers son protagoniste, le portrait d’une société impitoyable à l’égard des individus dont une longue indigence affective a rendu le langage inaudible, et qu’elle a durablement privés de toute possibilité de rencontrer enfin l’Autre, d’assouvir quelque aspiration que ce soit à faire communauté faute de savoir créer un lien avec leurs semblables.
  • L’auteur : Née en 1968 à Londres, de parents irlandais, M. J. Hyland a passé son enfance à Dublin et fait ses études supérieures (Lettres et Droit) à l’université de Melbourne, en Australie. Elle a, pendant plusieurs années, exercé la profession d’avocate. Son premier roman, Le Voyage de Lou (Actes Sud, 2005 ; Babel n° 1092 à paraître en février 2012), a figuré sur la dernière liste du Commonwealth Writers’ Prize 2003 et a été couronné, la même année, par le prix du Meilleur Jeune romancier australien. Son deuxième roman, Dans tes yeux (Actes Sud, 2006), chaleureusement salué par J. M. Coetzee, a figuré sur la dernière liste du prestigieux Man Booker Prize 2006. M. J. Hyland vit aujourd’hui en Angleterre, où elle anime des ateliers d’écriture au Centre for New Writing de l’Université de Manchester.
  • Ce que Daniel Telliez en pense : C’est un roman au style abrupte. On sent un jeune homme perdu, replié sur lui-même et ayant du mal à communiquer. Ce qui le conduira à l’acte fatal non prémédité mais prouvant tout son désarroi. Ce roman est le portrait de deux hommes qui ont commis un meurtre mais qui seraient bien incapable de plaider coupable car ils ne comprennent ni n’expliquent leur geste. Une tragédie digne de Sophocle où la lente descente spiralée d’un mésadapté chronique.  La fin reste ouverte, et c’est tant mieux. On lui souhaite, une fois la dernière page tournée, tout le bonheur qu’il a fini par mériter. Une réflexion approfondie sur l’âme humaine, sur le tournant que peut prendre une vie… Je le conseille vivement !

Le dernier message de Sandrine Madison

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  • Le résumé de Daniel Telliez : Sam et Sandrine Madison enseignent tous deux, elle l’histoire et lui la littérature, à l’université Coburn, en Géorgie. La nuit où Sandrine succombe à un mélange de vodka et de Demerol, on peut croire à un suicide. Le comportement singulier de Sam lui vaut cependant d’être accusé du meurtre de sa femme, malgré l’absence de preuve. Aux premières heures du procès, tout est envisageable: Sam semble sincèrement effondré et, à l’entendre, Sandrine avait de bonnes raisons de vouloir mourir. Pour autant, il n’est pas impensable qu’il l’ait tuée: plusieurs témoignages éclairent l’affaire d’un jour nouveau qui ne lui est pas favorable. Les souvenirs de l’accusé, qui se déploient en contrepoint des attaques du procureur et des arguments de l’avocat de la défense, brossent un paysage conjugal d’une extrême complexité, embrouillant le jugement du lecteur. Des deux conjoints, lequel a manipulé l’autre ?
  • L’auteur :Thomas H. Cook a enseigné l’anglais et l’histoire à Dekalb (GA) Community College de 1978 à 1981, et il est secrétaire de rédaction au magazine Atlanta. Son premier roman « Blood Innocents » a été publié en 1980. Cook vit avec sa famille à Cape Cod et à New York. Il a reçu l’Edgar Award en 1996 pour « The Chatham School Affair » et le Barry Award en 2006 pour « Red Leaves ». Son roman « Les feuilles mortes » est paru en France aux éditions Folio Policier en septembre 2010.
  • Ce que Daniel Telliez en pense : Passionnant. On vibre avec le suspect, personnage complexe, attachant et dont la carapace se fendille au fil des lignes. Roman psychologique plus que policier : on connaît l’accusé et la victime, mais meurtre ou suicide ? Thomas H. Cook utilise les codes du genre avec défilés de témoins, soupçons d’une communauté pour des notables qui ne vivent pas tout à fait comme les autres, mais il nous livre, au final, le compte rendu d’autopsie d’un couple qui s’est trop tôt résigné. Scènes de vie conjugale et formidable dissection de la vie à deux, le romancier s’interroge et nous interroge sur ce qui fait et défait un mariage, son roman devient alors furieusement romantique et déchirant. Merveilleusement écrit, plein de références littéraires et de précisions dans le vocabulaire, ce livre est un régal pour les amateurs de bonne littérature. On y trouve certes peu d’action, mais beaucoup d’introspection et de subtilité dans l’évolution de l’intrigue. Je le recommande vivement !